La news de la Chaire UNESCO "Educations & Santé"
L’usage des réseaux sociaux et des jeux vidéo par les adolescents est fréquemment présenté comme un facteur déterminant de la dégradation de leur santé mentale. Une étude longitudinale[1] récente, menée auprès de plus de 25 000 jeunes en Angleterre dans le cadre du programme #BeeWell, invite pourtant à dépasser cette lecture simplificatrice.
En suivant les mêmes adolescents sur trois années, de 12 à 15 ans, et en distinguant rigoureusement les différences entre individus des évolutions au sein d’un même individu, les chercheurs ne mettent en évidence aucun effet causal significatif du temps passé sur les réseaux sociaux ou de la fréquence de jeu vidéo sur l’apparition ultérieure de symptômes internalisés (anxiété, tristesse, inquiétude), chez les filles comme chez les garçons.
Les résultats montrent en revanche des dynamiques plus fines. Chez les filles, une augmentation du temps consacré aux jeux vidéo est associée, l’année suivante, à une diminution du temps passé sur les réseaux sociaux, suggérant une concurrence entre usages. Chez les garçons, une augmentation des symptômes internalisés précède une baisse de la pratique du jeu vidéo, pouvant traduire une perte d’intérêt pour des activités auparavant investies.
Ces constats interrogent la pertinence des réponses publiques centrées sur la restriction du temps d’écran ou sur des interdictions générales. S’ils ne nient pas l’existence de risques spécifiques liés aux environnements numériques — tels que le cyberharcèlement, la perturbation du sommeil ou l’exposition à des contenus problématiques — les auteurs soulignent que les usages numériques ne constituent pas, en eux-mêmes, un levier explicatif central des difficultés de santé mentale à l’adolescence.
Dans une perspective de santé publique et d’éducation, ces travaux plaident pour un déplacement du regard : plutôt que de désigner les écrans comme cause unique, il apparaît essentiel de considérer les déterminants structurels et contextuels du mal-être adolescent, notamment les contextes de vie, les inégalités sociales, les parcours scolaires et relationnels, ainsi que les ressources disponibles pour soutenir le bien-être des jeunes. Ces résultats invitent ainsi à une compréhension plus globale et plus fine des enjeux de santé mentale et de bien-être à l’adolescence.
Lire les articles :
Pour aller plus loin
- Analyse et mise en perspective disponibles sur Pratiques en santé
[1]
Qiqi Cheng, Margarita Panayiotou, Turi Reiten Finserås, Amanda Iselin
Olesen Andersen, Neil Humphrey, How do social media use, gaming
frequency, and internalizing symptoms predict each other over time in
early-to-middle adolescence?, Journal of Public Health, 2025;, fdaf150, https://doi.org/10.1093/pubmed/fdaf150