Du numérique qui abîme… au numérique qui protège et émancipe
Organisons les actions autour d’un changement de posture : passer d’une logique de « défense contre » à une logique « avec » et « dans » le numérique, en combinant protection, éducation et participation des jeunes.
Et vous, vous en pensez quoi ?
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Lorsqu’on aborde le numérique avec les jeunes, les discussions se focalisent souvent sur les dangers : fake news, violences ou harcèlement en ligne. Ces risques bien réels occupent tout l’espace, au point de faire oublier que les mêmes outils peuvent devenir de puissants leviers de prévention et d’accompagnement en santé.
La question n’est donc plus seulement de « gérer » un problème, mais de réfléchir à la manière de transformer l’environnement numérique pour qu’il permette la prévention, le pouvoir d’agir et la protection.
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1. Un cadrage initial centré sur les risques d’information
De nombreux programmes partent du constat que les jeunes s’informent massivement via les réseaux sociaux, les plateformes vidéo ou l’intelligence artificielle, avec une forte exposition à la désinformation sanitaire.
Les études montrent à la fois leur vulnérabilité aux mécanismes de mésinformation (algorithmes, bulles de filtres, influence des pairs) et leur capacité à développer un esprit critique lorsqu’ils sont accompagnés.
Dans la plupart des interventions éducatives, il s’agit d’abord d’apprendre à repérer les fake news, vérifier les sources ou comprendre le fonctionnement des algorithmes. Si ces compétences sont essentielles, leur mise en avant exclusive conduit souvent à présenter le numérique comme un espace à risque, à surveiller, plutôt qu’un lieu légitime d’apprentissage, d’expression et de recherche d’information en santé.
La mise en avant des dangers (désinformation, complotisme, contenus trompeurs) installe ainsi un cadrage défensif et anxiogène, qui tend à invisibiliser les usages ordinaires, positifs ou constructifs que les jeunes développent en ligne.
2. Un glissement vers les violences et le harcèlement
Ce cadrage par le risque conduit fréquemment les actions à se recentrer sur les violences numériques : cyberharcèlement, insultes, diffusion d’images non consenties, pornographie…
Les plans gouvernementaux et les campagnes institutionnelles (PHARE, 3018, journée « Non au harcèlement ») ont contribué à structurer les ressources disponibles selon cette logique de protection.
Ces outils insistent à juste titre sur la détection, le signalement et la responsabilisation. Mais ce discours sécuritaire occupe souvent tout l’espace : les jeunes y apparaissent principalement comme victimes potentielles ou auteurs à surveiller, alors que leurs pratiques numériques traduisent aussi un besoin de lien, d’information et de créativité.
La question se déplace alors : on ne se demande plus « comment le numérique peut soutenir la santé des jeunes ? », mais « comment éviter qu’il ne leur nuise ? ». Le numérique se trouve ainsi perçu comme un danger permanent plutôt qu’un environnement de socialisation et d’apprentissage.
3. Ce que l’on perd du potentiel préventif
En enchaînant les séquences « fake news → danger → harcèlement », le numérique est réduit à un risque à contenir, et son potentiel éducatif ou préventif passe au second plan.
Pourtant, de nombreux projets montrent qu’il peut être un formidable support d’action : diffusion ciblée de messages de prévention, soutien entre pairs, co‑production de contenus ou participation à des campagnes adaptées aux codes des jeunes.
Des dispositifs comme Décode la santé ou certains ateliers d’éducation aux médias, où les élèves créent puis déconstruisent de fausses informations, montrent comment associer esprit critique et compétences en santé.
Ces approches valorisent les jeunes comme acteurs et non simples récepteurs, tout en renforçant leur pouvoir d’agir et leur autonomie dans leurs choix en ligne.
En se limitant à une approche défensive, on néglige aussi la dimension des droits : droit à une information fiable, à l’expression et à la participation. Penser le numérique uniquement comme menace revient à priver les jeunes de la possibilité d’être co‑auteurs de leur écosystème numérique.
4. Vers une problématique plus équilibrée

Repenser la prévention suppose donc de dépasser une logique strictement protectrice pour articuler trois leviers complémentaires :
protection, pour sécuriser les usages et prévenir les violences ;
éducation, pour renforcer les compétences numériques et psychosociales ;
participation, pour associer les jeunes à la conception des dispositifs et des campagnes.
Autrement dit, passer d’une prévention « contre » le numérique à une prévention « avec » et « dans » le numérique : non plus seulement se prémunir des risques, mais investir les espaces numériques comme terrains légitimes d’action en promotion de la santé.
Pour les professionnels, l’enjeu est de partir des pratiques réelles des jeunes, de reconnaître leurs savoir‑faire et de construire avec eux des environnements numériques favorables à la santé. À cette condition, le numérique ne sera plus seulement un espace à surveiller, mais un puissant vecteur d’apprentissage, d’autonomie et de prévention.
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