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Prison et traumas : le déclic de la pair-aidance

✍️ Éducation Santé – juillet 2025
25 août 2025 par
Prison et traumas : le déclic de la pair-aidance
Daniel Oberlé - Pratiques en santé Oberlé
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🔒🗣️ En prison, la pair-aidance brise la honte et ouvre l’accès aux soins psychiques: ateliers mixtes, safe space, plaidoyer concret.

« En prison, on ne parle pas de trauma. On parle de survie. »

Cette phrase résume le silence qui entoure les souffrances psychiques des personnes incarcérées. Pourtant, 80% des détenus ont vécu des événements traumatiques (violences, abus, précarité extrême) avant leur incarcération. Et la prison, loin de les apaiser, les réactive souvent.

Pair-aidance en détention: levier pour dépasser honte et insécurité

À la prison de Mons, un projet d’un an (WoW Resilience) a ciblé les compétences psychosociales de femmes purgeant de longues peines, confrontées à des traumas et à une quasi-absence de prise en charge thérapeutique. Les premières séances ont buté sur la légitimité perçue des participantes à se reconnaître victimes et sur un sentiment d’insécurité du groupe. L’introduction de pairs-aidantes spécialisées en violences sexuelles et intrafamiliales, puis du jeu collaboratif «Vents violents», a permis de nommer les violences sans exposition directe, d’augmenter la sécurité perçue et d’ouvrir la parole sur les parcours de vie.

Bascule thérapeutique: du témoignage à l’atelier mixte et au plaidoyer

Le dévoilement maîtrisé des pairs-aidantes a créé un effet de modèle (apprentissage social), déclenchant des liens réflexifs entre vécus, conduites à risque et réparations possibles. La fusion ateliers d’art-thérapie/groupes de parole en format «mixte» a renforcé la cohésion et l’espoir, avec des pratiques symboliques (Kintsugi) pour travailler l’estime et la résilience. En clôture, le groupe a formulé des revendications opérationnelles (soins psychologiques, gestion émotionnelle), posant les bases d’un plaidoyer pour un accès effectif aux soins en détention.

Source 

➡️ https://educationsante.be/content/uploads/2025/06/es_423_br.pdf

Ressources complémentaires

🔍➕ Pour plus d'informations, voir les articles référencés par "Pratiques en Santé" sur le thème des prisons ➡️🔗 https://pratiquesensante.odoo.com/blog/tag/prison-180  et sur actions par les pairs ➡️🔗 https://pratiquesensante.odoo.com/7-5-pair-aidane-et-aidants 

Autres articles du numéro (en bref):

  • Intégration des patients-experts dans la formation initiale: reconnaissance, co-construction pédagogique, enjeux de cadre légal et de professionnalisation.
  • Santé mentale et danse: projet participatif soignants/soignés à Lyon; rôle du corps, du dévoilement professionnel et de la convivialité dans le lien thérapeutique.
  • Auto-santé et discriminations de genre: ateliers EVRAS/self-help, justice reproductive, endométriose et ménopause; critique de la «médecine bikini» et du biais androcentré.
Points clés du document
  • Contexte et besoins:
    • Détresse psychique élevée et accès quasi nul à des soins thérapeutiques en prison; consultations centrées sur l’évaluation du dossier, pas sur la thérapie.
    • Surpopulation et faible priorisation des femmes pour les activités, générant «micro-violences» quotidiennes qui saturent l’attention.
  • Dispositif d’intervention:
    • Phase exploratoire avec focus group pour besoins; ateliers d’art-thérapie + groupes de parole.
    • Freins initiaux: sentiment d’illégitimité à se reconnaître victimes et crainte d’utilisation des propos contre soi; nécessité d’un cadre de sécurité crédible (au-delà d’une charte).
  • Leviers d’efficacité:
    • Pair-aidance spécialisée: légitimité expérientielle, effet miroir, montée du sentiment d’efficacité personnelle (apprentissage social).
    • Outil médiateur «Vents violents»: externalisation des situations, vocabulaire commun sur les types de violence, repérage des services.
    • Témoignages structurés des pairs: déclenchement de la narration de traumas, augmentation de l’espoir et de la projection future.
    • Kintsugi: métaphore opérante de réparation/acceptation, travail sur l’estime et la continuité identitaire.
  • Résultats observés:
    • Passage à des ateliers «mixtes» plus denses, climat de confiance, liens explicites entre activités et traumas, formulation collective de demandes de soins.
    • Consolidation de la stabilisation émotionnelle comme étape-clef de réhabilitation/réinsertion; prise de conscience que l’accès aux soins conditionne la continuité du travail thérapeutique.
Axes de progrès pratiques
  • Sécurisation et cadre:
    • Co-construire une «sécurité procédurale» renforcée: rappels de confidentialité contextualisés au milieu carcéral; règles de non-représailles validées par la hiérarchie; gestion des incidents.
    • Mettre en place des espaces non mixtes et des temps d’«atterrissage émotionnel» en fin de séance (débrief individuel court, signalétique des risques).
  • Parcours de soins:
    • Instaurer un accès régulier à des psychologues formés aux traumas, hors visio surveillée; protocoles de continuité post-libération (relais ville/associatif).
    • Déployer des outils de repérage et d’orientation (fiches FALC, cartographies de services) et un protocole de gestion des révélations de violences.
  • Pair-aidance:
    • Recruter, former et superviser des pairs-aidant·e·s (trauma-informed, gestion de dévoilement, éthique et limites) avec soutien clinique et prévention de l’usure.
    • Clarifier statut, rémunération et responsabilités; prévoir binômage pair/professionnel et supervisions régulières.
  • Ingénierie des ateliers:
    • Standardiser un tronc commun: 1) ouverture sécurité, 2) médiation ludique/artistique (jeu, Kintsugi, photo-langage), 3) temps pair-aidance, 4) ancrage compétences psychosociales (CPS), 5) passerelles vers soins.
    • Intégrer indicateurs simples: confiance perçue, identification de ressources, intention d’accès aux soins, incidents de sécurité.
  • Plaidoyer et pilotage:
    • Formaliser des notes de recommandations issues des groupes pour direction pénitentiaire et autorités sanitaires; inscrire l’offre dans les plans régionaux santé mentale.
    • Mettre en place une évaluation réaliste (processus, effets perçus, accès aux soins) et un comité d’alignement (prison, santé, justice, associations).

#Prévention #PairAidance #MilieuCarcéral #Traumas #InterventionEfficace

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